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mardi, 25 avril 2006
Récapitulatif de la "page flottante" ...
Pour faire passerelle avec les "instants cléments" : Ce que nous a livré Myrrhus depuis la nuit du 2 au 3 mars 2006. Cette première page flottante remontée de sa mémoire sur l'écran blanc...
Où l'on comprend qu'il s'agit d'un nommé Zérène.
Où l'on saisit que Zérène est peintre. Où l'on devine que l'histoire se passe au XVIIIe siècle, quelque part au large de la mer de Chine ... .
Récapitulatif du texte égrené sur les "instants cléments" :
... ... ...
" Ce sont les trilles d’un oiseau qui m’ont sorti de mon abîme de sommeil. La jonque racle du roc. Je m’étire. Je sors. Pont. Poignard du soleil dans l’œil. Point noir. Le Capitaine Tuan me signifie que quelqu’un sur le quai cherche à me rencontrer.
« Me rencontrer ? Quelqu’un ? Ici ? En mer de Chine ? Et d’abord, où sommes-nous ? Sur quelle côte ? Sur quelle île ? »
Un merle mandarin me répond. Très posément. Très poliment. Et je comprends le merle mandarin. Parfaitement. Un merle mandarin perché sur le doigt d’un homme en robe de soie couleur de soir et de merle amoureux avec gilet et jabot couleur de jonquille et de jonc. L’homme est muet. Mais le merle parle pour lui. Dans un limpide et pur Français, de sa voix flûtée de soprano, il dit :
« Nous sommes, cher et respecté Etranger, sur L’île de L’Empourprée, à l’est des sept îles d’Ylong, dans les eaux Tonkinoises.
Mon imminent Maître, le sage et vénéré peintre Luo Wong, a une dévorante passion pour son épouse, mais il rage, il désespère de trouver le rouge de ses joues quand elle se pâme sous ses paumes, il se ronge de ne pouvoir saisir le vibrant vermillon quand elle soupire sous ses caresses.
Il connaît sur le bout de ses bambous, la fiévreuse vie de votre feu Watteau. Il sait sur le bout de ses pinceaux le frissonnant carmin qui affleure la nuque et le cou de ses promeneuses muettes dans les allées des peupliers roux.
Le troublant incarnat que votre fringant Fragonard pose sur le lobe des oreilles et le nez de ses effarouchées et oscillantes demoiselles.
Et surtout… Surtout ce merveilleux vermeil que votre Maître, François Boucher, sait faire monter sur les joues de ses jeunes filles, elles, peu farouches.
Il poursuit :
« … Mon Maître Luo Wong sait que vous êtes Zérène, le bienheureux élève du bienheureux Boucher, et que, par le fait, vous saurez poser le dernier fumatto, la dernière vapeur, le frisselis rouge sur les joues de son épouse, son trésor, son irremplaçable Kuo Laï, Soupir de Pivoine.
Mon Maître Luo Wong vous supplie de nous suivre - dit le merle mandarin sur l’index de l’homme - Mon Maître serait très honoré si vous acceptiez son hospitalité et son humble atelier… »
Pressentant que je trouverai peut-être, là, une occasion d’enrichir ma boîte en galuchat de quelque ... ... ...
( là... il manque un mot )
: J’accepte.
Au capitaine Tuan, un signe : je m’absente.
Mon palanquin porté par deux faquins, torse nu, peau de cuir tannée comme de vieux portefeuilles. Nous oscillons. Vaguement. Nous trottinons. Dodelinons. Soubresautons. Nous pénétrons dans les limbes absinthe d’une bambouseraie. Le merle mandarin s’est tu. Somnole, tête sous l’aile, sur l’épaule de l’homme, du muet en robe de soie couleur de soir qui glisse à ma droite, qui siffle un mélancolique trille tonkinois. Le jabot fonce de quelques tons, se nuance de jaune jonquille. Le trille ricoche de fût en fût, dégouttelle de feuille en feuille.
Le dos du portefaix d’avant, parsemé de papillons pompeurs de sueur. Odeur acide. D’aisselles. De fruits surs. De sciure. De poix. De pisse. De poissons.
Vous vous en doutez, ma Lointaine, mon Exquise des Lointains loin, ma Marquise mouchetée, le visage de votre Zérène, comme il se doit, verdoie. Et je sens à l’écrire, là, sur mes genoux, dans ce palanquin, vos yeux d’aigue-marine s’étoiler de moqueries. Je vois une paillette assassine, à la pointe de votre œil gauche, se plisser de malice. Cruelle M…
Un tour de cadran plus tard. Sortie de la bambouseraie. Le sifflet du muet se coupe. Net.
Place à un silence lacté, juste ridé, à l’entour, de légers halètements. Puis. Place à une lumière opale, vacillante, fragile, hésitant de temps en temps à virer au rose.
Le merle s’ébroue, éclaircit sa voix, toussote. Chuchote :
Zérène Zérène Zérène
Trois fois. Douze fois répété. Echos de mon nom qui tinte comme une clochette.
Alors syncope. Soupirs suspendus. Arrêt des roses palpitations. À l’entour, silence et lumière figés en une blanche pâte de verre... "
( le 25 avril 2006 ... à suivre ...)
15:25 Publié dans Tiroir n°1 de mots trouvés | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
Commentaires
..syncope.....soupirs suspendus....Frédéric, pourquoi, n'y a-t'il pas de couverture du Livre Epuisé? ...là sur la gauche...
Ecrit par : vi | mardi, 25 avril 2006
... parce qu'il n'est plus en librairie, Vi... Mais peut-être avez vous raison : Mettre la couverture du "Livre épuisé", en hommage, ou pour ne pas l'oublier, est une bonne idée ( en mentionnant que ce livre est introuvable ... sauf dans les bonnes bibliothèques et médiathèques ... Sourire à vous )
Ecrit par : frédériClément | mardi, 25 avril 2006
Oh ! Que j'aime cette idée fabuleuse de tiroirs, de passerelles et que vous êtes un délicieux passetemps, Monsieur Clément, qui passez à travers les pages comme on passe à travers prés.
Vous nous désurbanisez, nous tirebouchonnez les méninges, nous merliflutez avec une grâce qui n'appartient qu'à vous.
Ecrit par : Caledemon | mardi, 25 avril 2006
... ce terme de "passe-temps", Calédémon, me convient parfaitement , il me ravit même... dans toute son ambiguité, sa dualité sérieux/léger... etc... Merci.
Révérence à vous et à votre Main ...
frédériC
Ecrit par : frédériClément | mercredi, 26 avril 2006
un petit bonjour FrédériC et merci encore de ces matins fleuris de mots, images, reves.......J'ai des amis au Canada et ailleurs qui vous lisent maintenant........meme si vous etiez déjà universel........
Ecrit par : Catalina | mercredi, 26 avril 2006
... éclats de rire "universels", Catalina de la belle île et du si joli port ...
Ecrit par : frédériClément | mercredi, 26 avril 2006
...
passe-temps universel
vous va à ravir frédériC (sourire)
passeur de rêve
semeur de paillettes
jardinier de nos coeurs
PrinCe de nos jours
racOnte nous encOre un rêve
s'il te plait
...
Ecrit par : sylvie | jeudi, 27 avril 2006


