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vendredi, 05 mai 2006
... récapitulatif de la "Page flottante" n° 5
Pour faire passerelle avec les "instants cléments" : Ce que nous a livré Myrrhus depuis la nuit du 2 au 3 mars 2006. Cette première page flottante remontée de sa mémoire sur l'écran blanc...
Où l'on comprend qu'il s'agit d'un nommé Zérène.
Où l'on saisit que Zérène est peintre. Où l'on devine que l'histoire se passe au XVIIIe siècle, quelque part au large de la mer de Chine ... .
Récapitulatif du texte égrené sur les "instants cléments" :
Ce sont les trilles d’un oiseau qui m’ont sorti de mon abîme de sommeil. La jonque racle du roc. Je m’étire. Je sors. Pont. Poignard du soleil dans l’œil. Point noir. Le Capitaine Tuan me signifie que quelqu’un sur le quai cherche à me rencontrer.
« Me rencontrer ? Quelqu’un ? Ici ? En mer de Chine ? Et d’abord, où sommes-nous ? Sur quelle côte ? Sur quelle île ? »
Un merle mandarin me répond. Très posément. Très poliment. Et je comprends le merle mandarin. Parfaitement. Un merle mandarin perché sur le doigt d’un homme en robe de soie couleur de soir et de merle amoureux avec gilet et jabot couleur de jonquille et de jonc. L’homme est muet. Mais le merle parle pour lui. Dans un limpide et pur Français, de sa voix flûtée de soprano, il dit :
« Nous sommes, cher et respecté Etranger, sur L’île de L’Empourprée, à l’est des sept îles d’Ylong, dans les eaux Tonkinoises.
Mon imminent Maître, le sage et vénéré peintre Luo Wong, a une dévorante passion pour son épouse, mais il rage, il désespère de trouver le rouge de ses joues quand elle se pâme sous ses paumes, il se ronge de ne pouvoir saisir le vibrant vermillon quand elle soupire sous ses caresses.
Il connaît sur le bout de ses bambous, la fiévreuse vie de votre feu Watteau. Il sait sur le bout de ses pinceaux le frissonnant carmin qui affleure la nuque et le cou de ses promeneuses muettes dans les allées des peupliers roux.
Le troublant incarnat que votre fringant Fragonard pose sur le lobe des oreilles et le nez de ses effarouchées et oscillantes demoiselles.
Et surtout… Surtout ce merveilleux vermeil que votre Maître, François Boucher, sait faire monter sur les joues de ses jeunes filles, elles, peu farouches.
Il poursuit :
« … Mon Maître Luo Wong sait que vous êtes Zérène, le bienheureux élève du bienheureux Boucher, et que, par le fait, vous saurez poser le dernier fumatto, la dernière vapeur, le frisselis rouge sur les joues de son épouse, son trésor, son irremplaçable Kuo Laï, Soupir de Pivoine.
Mon Maître Luo Wong vous supplie de nous suivre - dit le merle mandarin sur l’index de l’homme - Mon Maître serait très honoré si vous acceptiez son hospitalité et son humble atelier… »
Pressentant que je trouverai peut-être, là, une occasion d’enrichir ma boîte en galuchat de quelque ... ... ...
( là... il manque un mot )
: J’accepte.
Au capitaine Tuan, un signe : je m’absente.
Mon palanquin porté par deux faquins, torse nu, peau de cuir tannée comme de vieux portefeuilles. Nous oscillons. Vaguement. Nous trottinons. Dodelinons. Soubresautons. Nous pénétrons dans les limbes absinthe d’une bambouseraie. Le merle mandarin s’est tu. Somnole, tête sous l’aile, sur l’épaule de l’homme, du muet en robe de soie couleur de soir qui glisse à ma droite, qui siffle un mélancolique trille tonkinois. Le jabot fonce de quelques tons, se nuance de jaune jonquille. Le trille ricoche de fût en fût, dégouttelle de feuille en feuille.
Le dos du portefaix d’avant, parsemé de papillons pompeurs de sueur. Odeur acide. D’aisselles. De fruits surs. De sciure. De poix. De pisse. De poissons.
Vous vous en doutez, ma Lointaine, mon Exquise des Lointains loin, ma Marquise mouchetée, le visage de votre Zérène, comme il se doit, verdoie. Et je sens à l’écrire, là, sur mes genoux, dans ce palanquin, vos yeux d’aigue-marine s’étoiler de moqueries. Je vois une paillette assassine, à la pointe de votre œil gauche, se plisser de malice. Cruelle M…
Un tour de cadran plus tard. Sortie de la bambouseraie. Le sifflet du muet se coupe. Net.
Place à un silence lacté, juste ridé, à l’entour, de légers halètements. Puis. Place à une lumière opale, vacillante, fragile, hésitant de temps en temps à virer au rose.
Le merle s’ébroue, éclaircit sa voix, toussote. Chuchote :
Zérène Zérène Zérène
Trois fois. Douze fois répété. Echos de mon nom qui tinte comme une clochette.
Alors syncope. Soupirs suspendus. Arrêt des roses palpitations. À l’entour, silence et lumière figés en une blanche pâte de verre.
Le merle, plongeant son bec dans le trou de mon oreille, susurre:
« Nous sommes à la lisière du vert, au centre de l’île. Au risque de tout gâcher, nous ne pouvons vous mener au-delà. Il ne vous reste qu’un quart de li à marcher jusqu’à l’entrée du Pavillon de la Pivoine. Cette allée de cerisiers vous y mènera. Mon Maître vous attend.»
Et. Le merle se faufile. Disparaît dans la manche de l’homme muet. Qui s’incline. Me salue. Fait un signe du menton aux faquins. Les deux porteurs de palanquin s’éloignent avec leur flot de papillons buveurs de sueurs.
Allée nappée. Je m’engage.
Cerisiers gourds de fleurs. Lourds de pollen. Sourds de silence. Je marche à pas d’échassier, levant haut les pieds, gêné de froisser ce sol enneigé de pétales.Intimidé comme à la première touche sur une toile immaculée. Me retourne. Coup d’œil à l’homme en robe de soie. Il me suit du regard. Debout, immobile, à la lisière des bambous. Le muet siffle. Monte à nouveau son aigrelette flûte de merle mélancolique.
Qui trille. Qui vrille, et fait trembler les troncs, tomber de gros pompons de fleurs avec de petits bruits de boules de neige sur la neige.
( à suivre... ici, et
sur les "instants cléments" )
13:40 Publié dans Tiroir n°1 de mots trouvés | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
Commentaires
Cerisiers gourds de fleurs....image qui embaume mon coeur....
Ecrit par : vi | samedi, 06 mai 2006
...
des cartes et des enveloppes du Magasin
auriez-vous cela Monsieur Clément ?
Oui ! ... c'est merveilleux ...
j'en prendrai cinq alOrs
cinq comme les cinq printemps de votre petite Alys
cinq allumettes
cinq étincelles
... cinq s'il vous plaît
Ecrit par : sylvie | jeudi, 11 mai 2006


